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Le 15 mars 2021, l’asbl Jambo a adressé une lettre au Président de la République française, Emmanuel Macron, afin de lui faire part de ses inquiétudes concernant le rapport de la Commission présidée par le Professeur Vincent Duclert, dont la publication était annoncée dans les jours suivants. Ces inquiétudes s’appuyaient notamment sur plusieurs éléments préalables, parmi lesquels :
le rapport de la Mission d’étude en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse, dirigée par le Professeur Vincent Duclert et publié le 4 décembre 2018 ;
la note intermédiaire rédigée par le Professeur Vincent Duclert en date du 5 avril 2020 ;
la lettre adressée au Président de la République par Madame la députée Frédérique Dumas le 25 novembre 2020.
Le 26 mars 2021, le Professeur Vincent Duclert remettait officiellement son rapport au Président de la République. Depuis lors, les relations entre la France et le Rwanda ont connu une évolution significative, marquée par une volonté affichée de rapprochement diplomatique.
Si le rapport écarte explicitement l’existence d’une complicité directe de la France dans le génocide des Tutsi, il a néanmoins suscité un volume important de critiques. Celles-ci portent principalement sur sa méthodologie, sur les motivations perçues comme politiques ou diplomatiques de la démarche, ainsi que sur la sélection et la représentation des acteurs et des événements étudiés. Plusieurs critiques ont notamment reproché au rapport de s’être fondé exclusivement sur les archives françaises, de ne pas avoir intégré une pluralité suffisante d’expertises au sein de la Commission, et d’avoir accordé une place limitée aux travaux de recherche antérieurs ainsi qu’aux témoignages oraux. Ces choix ont conduit certains observateurs à qualifier le rapport de partiel et biaisé.
Parmi les principaux points de désaccord figurent la caractérisation du soutien français au régime du Président Juvénal Habyarimana, jugée excessivement négative par certains auteurs, la perception d’un traitement jugé indulgent à l’égard du Front patriotique rwandais (FPR), ainsi que l’absence d’attribution explicite de responsabilités concernant l’attentat contre l’avion présidentiel du 6 avril 1994. Pour une partie de la critique, ces éléments suggèrent que le rapport aurait davantage répondu à un objectif de normalisation diplomatique des relations franco-rwandaises qu’à une démarche exclusivement scientifique de recherche de la vérité historique.
Le débat intense suscité par le rapport Duclert illustre la sensibilité et la complexité persistantes des enjeux liés au génocide des Tutsi et au rôle de la France. Il révèle un désaccord fondamental sur les modalités de construction de la vérité historique, en particulier dans des contextes post-conflit marqués par des récits profondément contestés et des intérêts politiques. Les appels récurrents en faveur d’une commission internationale indépendante et d’une recherche historique plus large, fondée sur des sources multiples et diversifiées, témoignent du fait que, pour de nombreux acteurs, un récit définitif et universellement accepté du génocide demeure hors de portée. L’établissement d’une vérité historique durable et les perspectives d’une réconciliation authentique supposent dès lors une approche plus inclusive, internationale et multidisciplinaire, affranchie des agendas politiques nationaux et intégrant un éventail plus large de sources d’archives.
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