Une nouvelle phase du procès au fond de l’opposante rwandaise Victoire Ingabire Umuhoza s’est ouverte le vendredi 18 septembre 2026 devant la Haute Cour siégeant à Kigali. Cette étape ravive les préoccupations concernant l’équité de la procédure et le respect des libertés politiques au Rwanda. Le ministère public doit présenter son dossier et ses éléments de preuve pendant quatre jours, jusqu’au mercredi 23 septembre, avant que la défense ne puisse répondre aux accusations.
Victoire Ingabire, présidente du parti d’opposition DALFA-Umurinzi, a été arrêtée le 19 juin 2025 dans le cadre d’une procédure visant également plusieurs membres de son parti ainsi que le journaliste Théoneste Nsengimana.
Elle est notamment poursuivie pour création ou participation à une organisation criminelle, complot visant à commettre des infractions contre le gouvernement, incitation aux troubles, opposition à l’autorité légitime, organisation ou participation à des manifestations illégales, ainsi que diffusion de fausses informations ou de propagande préjudiciable. Elle conteste l’ensemble de ces accusations.
Le ministère public soutient que Victoire Ingabire aurait participé à des activités visant à déstabiliser ou à renverser le gouvernement, notamment à travers des formations politiques et la promotion de stratégies de non-coopération, de boycott et de mobilisation. Pour étayer son dossier, l’accusation a notamment présenté des témoignages, des documents ainsi que des enregistrements audio et vidéo.
Les circonstances entourant cette procédure suscitent néanmoins de sérieuses préoccupations quant à l’équité du procès. Le 8 septembre, Victoire Ingabire a contesté la composition du collège de trois juges chargé d’examiner son affaire. Sa demande a été rejetée et la poursuite de la procédure a ensuite été ordonnée.
Ces préoccupations doivent également être appréciées à la lumière de la précédente procédure engagée contre Victoire Ingabire. Dans son arrêt du 24 novembre 2017, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a conclu que le Rwanda avait violé son droit à la liberté d’expression ainsi que plusieurs garanties liées au droit à un procès équitable.
Sa détention et les poursuites engagées contre elle ont également suscité une attention internationale soutenue. Amnesty International a qualifié sa détention d’arbitraire et estimé que les accusations portées contre elle et les autres prévenus étaient liées à des activités politiques pacifiques. Le Parlement européen a exprimé ses préoccupations concernant son arrestation et relevé de graves irrégularités affectant la procédure. En juillet 2025, plusieurs experts indépendants des Nations unies ont officiellement fait part au gouvernement rwandais de leurs préoccupations concernant son arrestation, sa détention et les poursuites engagées contre elle.
Jambo ASBL appelle les autorités rwandaises à garantir à Victoire Ingabire l’ensemble des droits attachés à un procès équitable, notamment l’accès effectif à la défense de son choix, la possibilité de contester les éléments présentés contre elle et l’examen indépendant et impartial de son affaire.
Au regard des constats déjà formulés par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, le Parlement européen, les mécanismes des Nations unies et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, ces audiences doivent faire l’objet d’une attention internationale soutenue.
Au-delà du cas de Victoire Ingabire, cette procédure constitue un test majeur pour le pluralisme politique, la liberté d’expression, une véritable réconciliation et la possibilité d’un environnement politique apaisé au Rwanda.
Norman Ishimwe Sinamenye
Président de Jambo ASBL